Divines

En avant-première de Cinédanse en Valdaine

Vendredi 20 avril 2018 à 20 heures

Salle Versoud

Dans un ghetto où se côtoient trafics et religion, Dounia a soif de pouvoir et de réussite. Soutenue par Maimouna, sa meilleure amie, elle décide de suivre les traces de Rebecca, une dealeuse respectée.Sa rencontre avec Djigui, un jeune danseur troublant de sensualité, va bouleverser son quotidien

 

 

 

Houda Benyamina,

la réalisatrice, secoue gentiment mais fermement un monde trop correct, pétri d’injustices et laissant sur le bord de la route un bon nombre d’humiliés, de ceux qui apprennent à vivre tant bien que mal avec les moyens du bord. Pas de discours ennuyeux ou moralisateur. Bien au contraire, grâce à l’énergie communicative des trois comédiennes, ça bouge, ça vibre, on rit, on pleure, c’est lumineux comme la vie.

 

Dounia habite dans un camp de Roms avec sa mère. Elle ne connaît pas son père et dans la cité, on l’appelle « la bâtarde ». Elle est en quête de dignité. Elle veut être reconnue pour ce qu’elle est et n’a qu’un but : gagner beaucoup d’argent pour s’offrir voyages et voitures de luxe, habile alibi permettant à la réalisatrice de dénoncer sans s’appesantir les méfaits de l’ultralibéralisme. Mamounia a plus de chance que son amie Dounia. Elle vit dans un cadre familial strict, elle est la fille de l’imam.
Le lien fusionnel qui va les porter tout au long du film est à la vie, à la mort, constitué d’un amour absolu et total comme seuls peuvent en concevoir des êtres purs et entiers.
Quand Dounia décide de travailler pour Rebecca la dealeuse, on plonge abruptement dans un nouvel univers, décrit avec toujours le même souci du détail et de la dérision, celui de la pègre de bas étage. Car Rebecca est sans foi, ni loi. Pour se comporter en business woman des trafics en tous genres, elle use de toutes les postures masculines. L’impeccable Jisca Kalvanda porte à merveille le personnage de cet effrayant garçon manqué.
Au milieu de ces filles à la personnalité pétaradante, c’est Djigui, un jeune danseur que Dounia contemple, cachée dans les cintres du théâtre et dont elle tombe secrètement amoureuse. qui apportera une note de féminité. Tout comme Dounia, il souhaite s’élever mais lui a choisi l’élévation spirituelle, suggérant discrètement que l’art peut servir d’alternative à l’argent quand il s’agit de se réaliser. Néanmoins les scènes de danse, harmonieusement chorégraphiées, apportent la part de rêve nécessaire.
La banlieue et ses zones d’ombre ont toujours inspiré le cinéma, mais jamais encore aucun film n’avait réussi à trouver ce juste équilibre entre innocence et cynisme, entre fraîcheur et réalisme. Un film qui, en plus d’être humain et bouleversant, nous offre pleinement le charisme, la générosité et le talent de la toute jeune Oulaya Amamra, petite sœur de la réalisatrice. Un duo prometteur que le cinéma a intérêt à ne pas perdre de vue.